Nous avons dansé sur des décennies un pas chaloupé par l'ennui de l'autre, par l'envie de l'autre, par l'amour de l'autre. Un pas en avant pour deux en arrière. Un pas sur trois. Un pas de côté pour s’éjecter de la piste. Nous avons raté notre pas de deux à maintes reprises. Une danse ayant l'odeur funeste d'un amour criblé par les épaisses balles d'une âme rongée par la maladie, courbée par le poids des maltraitances de l'enfance. Un amour précoce, un amour silencieux qui ne peut se dire si tôt, ne peut se vivre à portée de voix si promptement. Les desseins du temps qui passe sont, dit-on, insondables. Et la piste se reforme encore une fois et comme à chaque fois l'orchestre revient jouer le même air. Et les volutes de nos pas hésitants nous happent encore et nous transportent de joie. Encore une fois. Espérons la dernière fois. Si Dieu, cet infâme imposteur, le veut; que enfin tu sois mienne l'espace d'un court moment. Si le ciel et la terre se mettent d'accord; que au final nous soyons. Si le temps qui passe se suspend encore comme autrefois; que enfin ta douceur inonde chacune de mes larmes retenues passées et apaises mon âme tourmenté.